Définir la bisexualité

Publié le par l'un l'autre

Définir la bisexualité


Un dictionnaire classique
comme le Robert propose la définition suivante de la bisexualité comprise dans son sens psychologique « dispositions psychiques à la fois masculines et féminines inhérentes à tout individu ». Notons au passage que, lorsqu'il s'agit de plantes ou d'animaux, la bisexualité désigne plutôt le caractère bisexué, voir hermaphrodite, c'est à dire qui possède les caractéristiques des deux sexes à la fois, les escargots par exemple sont bisexués. Quand il s'agit d'humain, on n'emploie ces termes qu'en cas d'ambiguïté de genre. C'est important de garder cela en mémoire parce que, la bisexualité désigne des choix, des absences de choix et des comportements, or les revendications actuelles de la mouvance bisexuelle cherchent à étayer leurs prises de position de preuves scientifiques en faveur d'une « nature » bisexuelle des êtres humains. La bisexualité ne serait plus limitée à un choix comportemental mais tendrait alors à reléguer aux oubliettes le modèle hétérosexuel traditionnel, comme le choix « gay ».


Le dictionnaire de Sexologie, ouvrage collectif dirigé par Philippe Brenot nous donne une définition précise. « Le terme bisexualité a une signification à la fois psychosociologique et biologique. En premier lieu, il faut différencier des comportements ou des attitudes renvoyant à une orientation sexuelle de ceux exprimant un rôle sexuel.... Jacques Corraze, auteur de l'article, ajoute : « On devrait réserver le mot bisexualité pour qualifier une orientation sexuelle et le terme bisexuel comme se référant à certains caractères de la personne. » Les bisexuels se revendiquent comme un groupe social à part entière au même titre que les hétérosexuels et les homosexuels dont ils tiennent toutefois à se démarquer. Cette définition doit ensuite tenir compte davantage des individus que d'un groupe tant les choix individuels varient: le choix des partenaires sexuels peut être tout à tour hétérosexuel, homosexuels, bisexuel, tout dépend de l'histoire de chacun, de plus l'investissement affectif n'est pas toujours constant, comme cela arrive chez la plupart des gens quelle que soit leur orientation. La bisexualité serait donc le cadre d'expression le plus ouvert de la sexualité.


La bisexualité selon Lo Duca, c'est toujours en première lecture la « présence des caractère des deux sexes à la fois dans le même individu ». Cette organisation est naturelle, on ne peut pas être psychologiquement 100% masculin ou féminin... L'auteur du Dictionnaire érotique évoque les recherches de Freud et sa tendance à voir de l'homosexualité  refoulée un peu partout, ainsi que les explications scientifiques des différences sexuelles en vigueur à l'époque. L'influence de l'inventeur de la psychanalyse se manifeste par le fait que la bisexualité comme l'homosexualité sont considérées comme des pathologies : « ce n'est que lorsque la bisexualité est très accentuée et se lie à une vie impulsive intense que nous avons des prédispositions à la névrose dont souffrira la vie amoureuse. »
Le Dr Jacques Waynberg, quant à lui, dans son dictionnaire de l'amour et des comportements sexuels, décrit la bisexualité comme une « ambivalence érotique absolue, c’est a dire une homosexualité assidue et un vécu hétérosexuel tout aussi important. Une telle parité du couple masculinité/féminité est exceptionnelle, mais fait l’objet d’une propagande appétissante dans les messages pornographiques. »

Hermaphrodite endormi


L'écrivain Dominique Fernandez avait posé le problème sur l'idée de choix et de nature, il écrivait en 1978 : « L'hétérosexualité n'est jamais envisagée comme un choix: elle exprime la nature humaine, comme le fait d'avoir un nez au milieu de la figure ou de marcher sur ses pieds... »
La bisexualité se définit aussi comme l'attraction sexuelle ou amoureuse pour les personnes des deux sexes. Cette attraction n'est pas toujours égale, elle s'organise selon chacun: certains bisexuels éprouvent une préférence pour un sexe, mais ne renient pas leur attirance pour l'autre. Il existe aussi des bisexuels qui n'ont pas de préférence, et s'intéressent davantage à la qualité de l'individu plutôt qu 'à son genre.


Le sexe et le genre

Il reste qu'à partir des données de départ à la naissance, que l'on soit fille ou garçon, nous allons apprendre à devenir des femmes et des hommes. On dira alors que le sexe est une donnée biologique, et le genre une acquisition sociale.
Or, les représentations sociales des rôles masculins et féminins ont changé au cours du temps, de nombreux auteurs en témoignent comme Élisabeth Badinter, et surtout André Rauch pour ses études sur l'identité masculine du 19ème siècle à aujourd'hui. L'épanouissement individuel n'exige plus de satisfaire les mêmes critères. Aujourd'hui, devenir et être soi, passent par une singularisation organisée. Ainsi, plus on se singularise et plus on resserre ses liens d'appartenance à la société.
Le corps est un lieu de pouvoir personnel, et peut être même pour certains le seul terrain dont ils disposent pour s'exprimer. Le culte de l'apparence, la déification de l'image idéale, expriment des choix personnels. Les mouvances bisexuelles revendiquent la reconnaissance de leur identité originale: ni homo ni hétéro ce serait trop simple, les « bi » se définissent davantage comme une nouvelle tendance, plus conforme à la « nature » humaine qui serait donc selon intrinsèquement « bi »...


Il reste que l'identité bisexuelle n'est pas facile à cerner, dans son livre «Le Miroir Bisexuel », Catherine Deschamps explique que cette notion dérange car elle recouvre des réalités difficilement superposables, les « bi » ne se ressemblent pas, ni dans leurs pratiques, ni dans leurs attentes identitaires. L'auteure montre ensuite que la plupart des gens ayant une pratique bisexuelle se disent homo ou hétéro. « Ce sont des catégories socialement mieux acceptées et l'attirance envers les hommes et les femmes n'est pas nécessairement égale ». En effet, il ne suffit pas d'avoir des relations sexuelles avec des hommes et des femmes pour acquérir une identité bisexuelle.
Le sociologue et anthropologue canadien, Michel Dorais décrit les bisexuels comme “les trouble-fête de l’intégrisme identitaire. Ils nous rappellent surtout que tout le monde n’est pas forcément d’un bord ou de l’autre.” Ceci explique aussi que l'on observe des gens qui se disent bisexuels mais n'ont pas de relations avec les deux sexes: inhibition, contraintes sociales les empêchent de passer à l'acte. Enfin, la bisexualité peut être parfois une étape entre hétérosexualité et homosexualité.
L'identité bisexuelle telle qu'elle se dessine au travers de nombreuses publications, livres, presse, internet, associations diverses, correspond à un mode de vie qui tente de déconstruire les normes traditionnelles pour les remplacer par les leurs jugées plus conforme à la réelle ambiguïté humaine.

Langoureuses étreintes de l'escargot bisexué

Publié dans J'ai lu

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