Bisexualité et hédonisme

Publié le par l'un l'autre

Bisexualité et hédonisme

Est-il vraiment nécessaire de rappeler que la bisexualité ne répond pas aux objectifs de reproduction de la sexualité, mais bien davantage d'un projet hédoniste, c'est-à-dire d'une recherche de plaisirs. Si on ouvre un livre érotique, il est rare qu'une scène bisexuelle n'y figure, présentée comme l'aboutissement logique d'une voie érotique accomplie. L'Hermaphrodite de Canova, ci-contre évoque la sensualité de la double orientation sexuelle.
Le modèle de la Grèce Antique

Les Grecs de l'Antiquité avaient parfaitement intégré ce modèle à ceci près que le couple amoureux était le plus souvent symbolisé par deux hommes: un jeune et son aîné. Leurs rapports s'inscrivent dans une relation de maître à disciple, et évoquent l'initiation. Dans son célèbre dialogue sur l'amour, Platon décrit parfaitement cette relation particulière, tout en prenant soin d'en évacuer le caractère sexuel dont, selon lui, les sentiments peuvent aisément se passer. La notion d'homosexualité n'existe pas en tant que telle et ne fait pas l'objet d'une répression. C'est Plutarque, dans son livre « vies parallèles » qui décrivant les moeurs spartiates, explique que dans l'armée, on favorisait les couples d'amants, afin qu'en cas de danger, ils soient plus prompts à voler au secours de l'autre.


Et celui de Rome

Les Romains, quant à eux, ne se posaient pas trop de questions et prenaient du plaisir avec qui bon leur semble, leurs esclaves sont là pour cela, les courtisanes aussi. Cela ne concernait bien entendu que les aristocrates et les classes dirigeantes, on ne possède pas de source bien précise sur les moeurs des classes populaires. La seule restriction c'est de jouer un rôle dominant: le romain peut en effet s'offrir des joies érotiques avec des partenaires des deux sexes, mais s'il lui prenait envie de tenir un rôle passif, il se couvrirait de honte. Caïus Julius, plus connu sous le nom de Jules César avait fait les frais de ses penchants on cite ce commentaire qui le présente comme « le mari de toutes les femmes et la femme de leur mari »...


Le plaisir sexuel mis hors la loi par le christianisme...

Pourtant, l'avènement du christianisme et des religions monothéistes a rapidement mis hors la loi l'usage non procréatif de la sexualité. Aujourd'hui encore, l'Église catholique réprouve énergiquement l'homosexualité, mais elle qualifie de pure perversité le comportement qui consiste à rechercher du plaisir avec des partenaires des deux sexes.


Si l'on se réfère aux sources littéraires il semble bien que les pratiques bisexuelles aient depuis toujours recueilli la faveur des libertins (es). Quoi de plus naturel en effet que d'apprécier une personne du même sexe que soi? Elle partage la même sensibilité, elle saura mieux qu'une autre répondre aux attentes sensuelles, et par dessus tout se livrer avec elle aux joies de l'amour est le meilleur moyen d'échapper à l'utilisation utilitaire de la sexualité. Quoi de plus naturel que d'apprécier aussi une personne de sexe opposé? La découverte de ce corps amoureux rendra les jeux érotiques encore plus passionnants...


La bisexualité, un jeu érotique

Le plaisir érotique est une sorte de jeu, il exige de la part des joueurs (es) de se sentir libre de toute contrainte qu'elle soit matérielle (temps, bruit, promiscuité) et surtout psycho sociale. Les relations amoureuses ont besoin de confiance et de curiosité, elles ne se développent pas dans un climat de honte ou de gêne. Un arbre planté sur un terrain difficile et rocailleux devient souvent rabougri et tordu dans tous les sens, il ne déploie pas ses branches et son feuillage, mais se resserre pour s'adapter à ses maigres ressources.
Pour certains, la bisexualité représente le développement naturel de l'humain accompli, voici quelques citations extraites du livre L'érotisme divinisé de A.Daniélou, orientaliste, parfois appelé par son nom indien « Shiva Sharan» (protégé de Shiva): «tout être bisexuel peut être considéré comme une émanation de la transcendance du dieu » , « le but vers lequel doit tendre l’espèce humaine est la réintégration progressive des sexes jusqu’à l’obtention de l’androgynie » et « l’être évolué tend vers la bisexualité. »
Ce constat rejoint les prévisions que Masters et Johnson suggéraient dans leur ouvrage  Les perspectives sexuelles  . Les célèbres sexologues américains prévoyaient en effet le développement des pratiques bisexuelles comme une évolution des relations amoureuses.


Les femmes seraient-elles plus bisexuelles que les hommes?

Si l'on en croit la littérature et la poésie, il semble à première vue que les femmes soient plus souvent et plus « naturellement » bisexuelles que les hommes. Ce qui, dans la réalité des faits n'est pas prouvé. Les ébats amoureux des femmes entre elles ont souvent fasciné l'écrivain voyeur dont les textes s'adressaient en priorité à un lecteur... Le célèbre Giacomo Casanova, amoureux inconditionnel des femmes relate dans ses volumineuses mémoires de nombreuses scènes d'amour au féminin dans lesquelles il se régale d'intervenir pour le plus grand plaisir de chacune...
La femme a été longtemps considérée dans la culture occidentale comme étant plus sensible, plus sensuelle et plus à l'écoute de ses sensations que l'homme, censé demeurer maître de ses émotions , de ses sentiments, et centré d'abord sur son propre plaisir. L'évolution des moeurs a changé les rôles traditionnels, la femme émancipée, joue d'autres rôles que ceux d'épouse et de mère. L'homme a vu son pouvoir viril déstabilisé et se réorganise aujourd'hui selon d'autres critères et d'autres valeurs . L'historien André Rauch dans son livre l'identité masculine à l'ombre des femmes évoque cette évolution depuis la première guerre mondiale jusqu'à la Gay Pride.


Faut-il sortir la bisexualité du placard?
Ce qui change aussi c'est que dans le passé, les pratiques bisexuelles demeuraient constantes, mais secrètes et réservées à une élite libertine affranchie des contraintes morales imposées par la religion et les pouvoirs en place. Aujourd'hui, les gens qui vivent une sexualité différente (gay, lesbiennes, bi et transgenre) veulent pouvoir l'afficher au grand jour sans encourir la réprobation sociale. On peut se demander si cela va vraiment dans le sens d'une réelle liberté sexuelle et d'un épanouissement érotique. En effet, la visibilité tant demandée vient banaliser les choix, et repousse dangereusement vers l'extrême les limites des interdits traditionnels . Une grande partie du désir et du plaisir érotique prend corps dans la transgression, le désir se nourrit d'attente, de la prise de risque dans le jeu de la séduction, d'une certaine frustration... Si tout est offert à la consommation sexuelle ne finit-on pas par perdre l'appétit?

 

Au cours d'échanges et de conversations, la question de savoir si l'épanouissement érotique passe par la bisexualité et si celle-ci pouvait devenir une « norme » a suscité des réponses telles que celle de Karim, 30 ans: « ça peut sous-entendre une idée d'obligation alors que je connais des hétéros ou des gays qui sont bien comme ils sont.
En réalisant et vivant ma bisexualité, j'ai réalisé qu'il s'agissait d'une orientation sexuelle qui mérite autant de considération que l'hétérosexualité et l'homosexualité. Je me sens vraiment épanoui depuis que je suis bi. J'aime les deux sexes tout simplement.
Autre chose, je pense que le le mot "norme" est plutôt mal venu pour parler de ce que je considère comme mon orientation sexuelle.
On m'a longtemps parlé de phénomène de mode également. Mais comme je le dis c'est plus subtil que ça. »


Ariane, une jeune femme épanouie écrit:
« Ma bisexualité représente un précieux avantage: toutes mes facettes érotiques "féminines" et "masculines" s'expriment, surtout si je peux les partager avec d'autres bisexuels, hommes ou femmes qui sont l'un ou l'autre ou les deux... L'imagination n'a pas de limites, on va se perdre, se retrouver, se découvrir... Aventure de soi? vers l'autre, vers les autres , vers "l'autre en soi" pour plagier Daniel Welzer Lang... Ma joie érotique plurielle et fluide, ne saurait se contenter ni d'un duo classique hétéro ni d'un trio homo, pas plus que d'un duo lesbien ou d'un trio varié... Chacun met en scène une ou plusieurs de ses facettes, fantasme ou réalité, dit, murmuré ou pensé, deviné, rêvé, suscité, suggéré... 
Ma vie "bi": tout y est possible, infiniment, érotiquement, toutes les découvertes, les ententes, tous les voyages, les poèmes... La vie en double, en triple, en quadruple, la vie en duo, la vie en solo, Eros est là, il joue, il jouit, il grandit, l'amour est là, dans l'écoute de l'autre, de son murmure, de son désir...
J'entends quelque fois: Tu te disperses et ne sais plus qui tu es!
Savoir se perdre, avoir envie de perdre, de donner, c'est se retrouver merveilleusement...
Vision idéalisée de la bisexualité? Je n'évoque que la mienne, elle est magnifique, généreuse et épanouie: du mal à croire à ces discours exaltés? l'exaltation, c'est ma vie. La patience aussi.
Parlons d'érotisme, de jeu, de je, de tu et de vous, et pas seulement de généralités, de solution et pas toujours de problèmes, de partage et pas de jalousie... Respirons un autre air, que diable, respirons, jouissons, agissons... »



Le forum de référence : www.bisexualite.info

Publié dans J'ai lu

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